Gérer ses émotions …



Crédit photo : Pixabay

Commençons par comprendre le rôle et les mécanismes de fonctionnement des émotions pour y voir plus clair.

Agréable ou désagréable, une émotion est une  réaction affective automatique face à ce que nous percevons du monde, une réalité subjective fonction de notre vécu et de notre personnalité. Tenter de masquer ou contrôler une émotion, bien que parfois nécessaire, n’est jamais une solution à long terme. 

Entre le moment où elle se déclenche et celui où elle s’arrête, elle ne dure que 90 secondes.2 Si elle dure plus longtemps c’est que nous avons choisi, consciemment ou inconsciemment, de la faire durer ! Nous l’alimentons de nos pensées et ce qui ne devait durer qu’une minute et demie peut s’étendre sur des jours, des mois ou des années. Perdus dans nos ruminations, nous ne voyons pas que nous ne faisons que recycler de vieux scénarios qui n’ont plus lieu d’être. Nous réagissons à notre passé plutôt qu’à notre présent.

De plus, il s’avère que nous mémorisons mieux les situations menaçantes et désagréables, dans le but, légitime, d’accumuler un savoir permettant de s’adapter à la prochaine situation similaire. Notre cerveau a donc une préférence pour traiter en priorité le négatif. L’intention est louable. Le problème est que, dans un contexte de doutes, le processus déraille et vient réveiller toutes sortes de souvenirs chargés émotionnellement, plus ou moins liés à la situation présente. Nos pensées focalisent alors notre attention sur le ressenti émotionnel douloureux du passé, pas sur la recherche de solutions.Ainsi “ 95 % de nos pensées sont les mêmes que la veille (nos pensées restent en moyenne trois jours dans notre esprit). 80 % d’entre elles sont négatives lorsque nous n’avons pas appris à les maîtriser. ” 3 Alors comment abandonner nos mauvaises habitudes et creuser de nouveaux sillons plus vertueux dans notre esprit ?

Gérer ses émotions, c’est commencer par les accepter, mais de quoi s’agit-il exactement ? Accueillir ses regrets, ses doutes et ses peurs, c’est les observer, sans les nourrir, ni les combattre.  Il ne s’agit en aucun cas d’être résigné ou soumis, mais d’accepter ce qui n’est pas modifiable. C’est assez contre-intuitif, surtout pour les émotions désagréables, mais on ne peut échapper à une souffrance qui n’est pas reconnue. Observer et accueillir, c’est prendre le temps de se questionner : qu’est-ce qui me gène dans cette situation ? quelle émotion est là ? quelles pensées et jugements cela provoquent ? est-ce justifié et légitime ou impulsif et démesuré ?

Le cerveau passe son temps à prédire, évaluer, anticiper et nous éloigne progressivement de la réalité présente, créant des attentes ou des idées erronées qui seront nécessairement source de déception. En refusant ce qui est là, notre corps, notre parole et notre esprit se mobilisent pour fuir les sensations, ce qui ne fait que les renforcer. Alors comment contrer cette dérive automatique ?

Accepter, c’est revenir au présent, se centrer sur la perception actuelle de la situation et ainsi éviter d’être envahi par des craintes dont on a oublié l’origine. Ainsi, les tensions émotionnelles diminuent, ce qui libère l’esprit pour qu’il puisse être alors dans la recherche de solutions constructives, plutôt que de tourner en boucle sans passer à l’action. Comme, plus une action est répétée et plus elle aura tendance à se reproduire, autant en faire bon usage ! Donc, si nous accordons régulièrement une attention bienveillante à nos sensations et émotions, par la méditation par exemple, même juste un bref instant, elles seront reconnues et accueillies. N’y ajoutons aucune interprétation. Ce n’est pas bien ou mal, agréable ou désagréable. C’est ! 

Une fois sortie du pilote automatique, il est alors possible d’agir et de :

  • Remplacer volontairement une pensée nocive par un souvenir apaisant (ex : réorienter la pensée consciemment vers un avenir meilleur, un sujet de réussite ou une pensée bienveillante envers un proche),
  • Corriger une interprétation pessimiste en trouvant les exceptions à la règle (erronée) qu’on a créé ou en trouvant d’autres explications possibles, 
  • Se demander si dans 5 ou 10 ans ce sujet nous perturbera toujours autant ou s’il est juste passager, 
  • Chercher des solutions plutôt que des coupables ou des “pourquoi”, 
  • Changer d’environnement si celui-ci est toxique pour nous, 
  • Se mettre à la place de l’autre, se demander comment aurait réagi un ami à notre place ou imaginer ce que nous dirait notre ami pour nous soutenir,
  • S’autoriser l’échec car personne n’est parfait. Nous sommes tous en voie d’amélioration, et comme le disait Nelson Mandela : « Je ne perds jamais, soit je gagne, soit j’apprends. » 
  • Mettre du sens sur les évènements, chercher ce qu’on a appris de cette situation, quelles opportunités elle a permis ou pourrait ouvrir.

Nous pouvons donner aux événements de notre vie un sens différent (même là où il n’y en avait pas auparavant), mais encore faut-il comprendre ce qui se joue dans nos profondeurs. Nous sommes persuadés que notre raisonnement provient d’un processus logique de cause à effet, alors qu’il est conditionné par nos habitudes passées et inconscientes. Ainsi, 80 % de nos pensées et de nos actes sont inconscients. Nous pensons nous connaître et être maître de nos choix, alors que l’essentiel repose sur la part que nous ignorons de nous-même.

Anne Dufourmantelle4 parlait de l’inconscient en ces termes : “ Cela en nous qu’un jour Freud a appelé inconscient, se souvient, se remémore de tout, pour nous, à notre place. (…) Le moi ne peut faire face à cet afflux de perceptions non dirigées par la conscience, venues comme de nulle part.” On en vient alors à “souffrir là où l’on croyait être de tranquilles habitants de notre espace psychique, parce que nous préférons souvent à l’inconnu la connaissance de notre douleur.” Accueillir cette part d’inconnu de nous, c’est unifier ce qui a été éparpillé au gré des désirs, émotions et expériences, pour se rapprocher de son centre. C’est abandonner les dettes d’enfance, les règles truquées et les masques inutiles. Ou comme l’explique Yves Prigent5, c’est unifier notre désir intérieur fou (l’inconscient) et une réalité extérieure limitée (la conscience), pour mettre un trait d’union entre notre réalité et LA réalité.  

Comme l’a si bien dit Anne Dufourmantelle4 : “dans la création, il est tout le temps question de ce dispositif logé en avant de soi et qui nous informe, en quelque sorte à notre insu, et se dépose sur la toile, dans la partition ou sur la page avant même que notre conscience s’y attarde ; elle n’en prendra connaissance qu’à la relecture.”

Ainsi l’art thérapie analytique permet de prendre conscience de l’inconnu en nous, en le matérialisant dans l’œuvre. La peinture permet une mise en relation du conscient et de l’inconscient, avec une certaine prise de recul. Chaque tableau est une partie d’un tout, d’un puzzle que l’on assemble pour se réapproprier ses émotions et son histoire, et remettre de la cohérence entre nos pensées, nos paroles et nos actes. Il s’agit d’accepter un passé que l’on ne peut pas changer, seul le regard que l’on porte dessus peut évoluer, pour agir dans l’instant présent et déterminer notre futur. L’art thérapie permet ainsi d’entrer en contact avec une image globale de soi, permettant d’agir en conscience et non soumis à des réactions inconscientes, pour retrouver estime de soi et souveraineté.

La méditation de Pleine Conscience, pratiquée à l’atelier, permet également d’apprendre à observer nos pensées sans les juger, à sortir du pilotage automatique et à appréhender le monde plus sereinement.